Le roman "Tout le monde aime Clara" de David Foenkinos s’inscrit dans la continuité de son univers : des personnages fragiles, des hasards qui ressemblent à des signes, et cette manière très particulière de faire entrer l’étrange dans le quotidien sans jamais quitter complètement le territoire de l’émotion.
Publié en 2025 chez Gallimard, le livre mêle drame familial, réflexion sur la création littéraire et une touche de fantastique.
L’histoire commence avec Clara, une adolescente de dix-sept ans victime d’un grave accident de voiture qui la plonge dans un long coma. À son réveil, quelque chose a changé : elle semble percevoir les êtres au-delà de leurs apparences, comme si elle pouvait lire les fissures secrètes de leur destin. Son « don » devient le centre gravitationnel du roman, attirant autour d’elle parents, inconnus et artistes en quête de sens.
Mais le livre ne parle pas seulement de voyance. Il raconte surtout la manière dont un événement tragique redessine plusieurs existences. Alexis, le père de Clara, abandonne peu à peu sa vie d’avant et se rapproche du monde de l’écriture à travers un atelier animé par un écrivain oublié, Éric Ruprez. Cette intrigue parallèle devient presque un second roman niché dans le premier, comme une poupée russe littéraire dont Foenkinos aime révéler les compartiments cachés.
Les thèmes principaux sont nombreux :
- la frontière entre la vie et la mort
- la réparation des liens familiaux
- le pouvoir de l’art et de la littérature
- le destin et le hasard
- la possibilité d’une seconde naissance après un traumatisme
Ce qui frappe chez Foenkinos, c’est son écriture légère en apparence. Les phrases avancent avec la simplicité d’une conversation, puis soudain une idée mélancolique surgit comme un reflet dans une vitre de train. Dans ce roman, il ajoute une dimension presque magique, mais sans basculer dans le fantastique pur : Clara reste moins une prophétesse qu’un miroir tendu aux autres personnages.
La réception a été globalement très positive. Plusieurs critiques ont salué l’émotion, la tendresse et l’originalité du récit, même si certains lecteurs ont été déconcertés par sa structure et par l’ambiguïté du rôle de Clara, qui semble parfois être davantage un catalyseur qu’une véritable héroïne.
C’est un roman qui ressemble à une lampe allumée dans une pièce crépusculaire : il ne chasse pas totalement l’ombre, mais il révèle des formes qu’on ne voyait pas auparavant. Ceux qui ont aimé La délicatesse ou La vie heureuse y retrouveront cette alliance de douceur, d’humour discret et de mélancolie lumineuse qui constitue la signature de Foenkinos.

