La Servante écarlate – roman de Margaret Atwood

La Servante écarlate – roman de Margaret Atwood

Samedi, 21 Février 2026

Imagine un pays qui aurait refermé ses fenêtres sur le vent de la liberté. Les rideaux sont tirés, les femmes portent du rouge comme une blessure réglementaire, et les mots eux-mêmes semblent surveillés.

Voilà la République de Gilead, théâtre austère où se joue ce roman.

L’histoire suit Defred, une « servante » assignée à la reproduction dans une société théocratique née sur les ruines des États-Unis. La fertilité étant devenue rare, certaines femmes sont réduites à leur seule fonction biologique. Leur nom ne leur appartient plus. Leur corps encore moins. Defred raconte, à voix basse mais lucide, la mécanique glaciale du pouvoir, la confiscation du langage, la lente érosion de l’identité.

Ce n’est pas un roman de science-fiction flamboyante, plutôt une dystopie à pas feutrés. Atwood n’invente presque rien, elle assemble des fragments d’Histoire déjà vécus quelque part, puis les pousse jusqu’à leur logique la plus rigide. C’est cette proximité qui donne au livre sa force: on a l’impression que le cauchemar porte des chaussures ordinaires.

Au cœur du récit, pourtant, palpite une résistance ténue. Un souvenir, un désir, une phrase interdite peuvent devenir des braises. Defred n’est pas une héroïne spectaculaire. Elle doute, elle hésite, elle espère. Et c’est précisément cette humanité fragile qui fissure le béton idéologique.

Publié en 1985, le roman a connu un regain d’attention avec l’adaptation en série télévisée, preuve que certaines fictions continuent de vibrer au rythme des inquiétudes contemporaines. C’est un livre qui dérange sans hurler, qui serre la gorge sans éclats, et qui nous rappelle qu’un droit n’est jamais acquis, seulement entretenu.

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